Troubles musculo-squelettiques au travail

8 salariés sur 10 ont déjà ressenti, au moins une fois, une douleur diffuse à l'épaule, au poignet ou au bas du dos liée à leur poste (IFOP/PERCKO, 2022). C'est la réalité silencieuse des TMS au travail : on les découvre souvent quand ils sont déjà installés.

En France, les troubles musculo-squelettiques représentent 87% des maladies professionnelles avec arrêt de travail (Ameli.fr), et leur fréquence continue de progresser : +6,7% entre 2023 et 2024 selon l'Assurance Maladie. Contrairement à une idée répandue, prévenir les TMS au travail n'est pas une question de gros budget ou de mobilier dernier cri. C'est avant tout une question de méthode et d'habitudes ancrées dans la durée. 

Dans ce guide, on vous explique ce que sont réellement ces troubles, pourquoi ils augmentent, ce qu'ils coûtent concrètement à votre organisation, et surtout, on vous donne 5 actions qui font une vraie différence sur le terrain, au-delà des conseils génériques qu'on lit partout.

Qu'est-ce qu'un TMS ? Définition et chiffres clés

Un trouble musculo-squelettique (TMS) est une pathologie qui affecte les muscles, les tendons, les nerfs ou les articulations, le plus souvent au niveau du dos, des épaules, des poignets, des coudes ou des genoux. Il apparaît lorsque les sollicitations physiques d'un poste dépassent durablement les capacités fonctionnelles de la personne qui l'occupe.

Ces pathologies ne surviennent pas du jour au lendemain. Elles s'installent progressivement, geste après geste, posture après posture, jusqu'à ce que le corps n'arrive plus à compenser. C'est ce qui les rend à la fois si fréquentes et si difficiles à anticiper sans un regard extérieur formé. Selon l'Assurance Maladie (Ameli.fr), les TMS représentent 87% des maladies professionnelles avec arrêt de travail. L'INRS les désigne comme la première cause de maladie professionnelle reconnue en France, tous secteurs confondus. Une partie de ces troubles est reconnue comme maladie professionnelle au titre de tableaux spécifiques (le tableau 57 pour les affections périarticulaires, par exemple), d'autres surviennent sous forme d'accidents du travail, lors d'un effort ponctuel sur un corps déjà fragilisé.

Les TMS au travail concernent tous les secteurs d'activité

Le regard de l'expert

Florian AIMASSO, co-fondateur d'Atome QVT et Enseignant APA-S expert en prévention santé et qualité de vie au travail.

Florian AIMASSO, enseignant et co-fondateur d'Atome QVT.

On rencontre régulièrement des salariés qui minimisent leurs douleurs depuis des mois : « c'est juste de la fatigue », « ça va passer », alors qu'un syndrome du canal carpien ou une tendinite de l'épaule est déjà bien installé. Notre expérience auprès de professionnels de tous secteurs nous a appris à repérer ces signaux avant qu'ils ne deviennent un handicap et se transforment en arrêt de travail.

Les troubles musculo-squelettiques les plus fréquents en entreprise

Le saviez-vous ?

Tous les TMS ne se ressemblent pas. Certains touchent des zones bien précises et reviennent presque systématiquement dans les diagnostics d'entreprise.

Une quinzaine de TMS sont reconnus comme maladies professionnelles en France. Les plus fréquents en entreprise sont la tendinite de l'épaule, la lombalgie, le syndrome du canal carpien, l'épicondylite, la hernie discale et l'hygroma du genou.

  • Tendinite de l'épaule : inflammation des tendons, liée aux gestes répétitifs réalisés au-dessus de la ligne des épaules.
  • Lombalgie : douleur lombaire, première cause d'arrêt de travail toutes pathologies confondues.
  • Syndrome du canal carpien : compression du nerf médian au niveau du poignet, fréquent sur les postes de saisie répétitive.
  • Épicondylite : douleur au coude provoquée par des mouvements de préhension répétés.
  • Hernie discale : atteinte de la colonne vertébrale, le plus souvent liée à la manutention de charges.
  • Hygroma du genou : inflammation de la bourse séreuse, fréquente chez les métiers exercés à genoux (carrelage, entretien, BTP).

Selon Santé Publique France, plus de 4 actifs sur 10 déclarent des douleurs liées au dos dans le cadre de leur travail, et environ 3 sur 10 des douleurs au niveau des membres supérieurs — épaule, coude, poignet (Santé Publique France, 2024). Au titre des maladies professionnelles reconnues, les TMS du membre supérieur restent particulièrement représentés : la grande majorité des cas indemnisés relève du tableau 57, qui couvre spécifiquement les affections de l'épaule, du coude et du poignet (INRS).

+ de 90% des TMS reconnus et pris en charge concernent les membres supérieurs

Troubles musculo-squelettiques des membres supérieurs

Sur le terrain, on constate que ces troubles touchent rarement une seule zone isolée. Un agent de manutention qui développe une lombalgie présente très souvent, en parallèle, des tensions à l'épaule liées à la compensation posturale. C'est tout l'intérêt d'une approche holistique qui regarde le corps dans son ensemble plutôt que symptôme par symptôme.

Reste une question essentielle pour toute entreprise concernée : pourquoi ces troubles touchent-ils aujourd'hui autant le bureau que l'atelier ?

Pourquoi les TMS augmentent-ils ? Causes et facteurs de risque

Les TMS ont des origines multifactorielles : ils combinent des contraintes biomécaniques (gestes répétitifs, postures prolongées, charges lourdes), une organisation du travail qui laisse peu de place à la récupération et des facteurs psychosociaux comme le stress ou la charge de travail, qui augmentent la tension musculaire et la perception de la douleur.

Dans le secteur tertiaire, la cause numéro un reste la posture statique devant un écran, combinée à l'usage répétitif d'une souris ou d'un clavier — un cocktail encore renforcé par la généralisation du télétravail et des équipements parfois mal adaptés au domicile. 

Dans le secteur secondaire, ce sont davantage la manutention de charges, les gestes répétitifs en cadence et les postures contraignantes qui dominent. Entre 2016 et 2018, les signalements de troubles musculo-squelettiques ont d'ailleurs été multipliés par 1,4 chez les hommes et par 1,5 chez les femmes (Santé Publique France). Une progression qui ne s'explique pas uniquement par l'évolution des postes physiques.

Réduire les TMS à une question de mobilier ou de cadence serait une erreur. On l'observe en formation, secteur après secteur : les salariés sous pression chronique développent des tensions musculaires bien avant que le geste lui-même ne devienne problématique. Le stress n'est pas un facteur périphérique, c'est un facteur de risque à part entière. Une politique de prévention des TMS qui ignore complètement la dimension psychosociale ne traite qu'une partie du problème. C'est pourquoi une formation gestion du stress au travail peut venir compléter des actions plus centrées sur les postures ou l'ergonomie.

Facteurs de risque TMS par secteur : bureau et écran (tertiaire), charges et cadences (secondaire), RPS facteur commun

Florian AIMASSO : « Chez l'un de nos clients du secteur médico-social, l'augmentation des troubles à l'épaule chez les soignants n'était pas qu'une question de manutention de patients : elle coïncidait avec une période de sous-effectif chronique et de charge mentale élevée. Travailler uniquement sur les gestes de manutention n'aurait réglé qu'une partie du problème. »

Comprendre les causes, c'est une chose. Mesurer ce que ces troubles coûtent réellement à l'organisation en est une autre. C'est à ce stade du constat (souvent un peu tard), que la prévention devient une priorité stratégique plutôt qu'un sujet secondaire.

Quelles conséquences pour les salariés et l'entreprise ?

Les TMS ont un coût direct, mesurable, et un coût indirect souvent largement sous-estimé. Pour l'entreprise, cela se traduit par de l'absentéisme, une perte de productivité, des coûts de remplacement et des cotisations accidents du travail / maladies professionnelles en hausse. Pour le salarié, cela va de la douleur chronique à la perte de capacité fonctionnelle, parfois jusqu'à la désinsertion professionnelle.

À l'échelle nationale, les TMS représentent 20 millions de journées de travail perdues chaque année et un coût direct de 2,4 milliards d'euros pour les entreprises en 2024, via leurs cotisations accidents du travail et maladies professionnelles (Assurance Maladie). À l'échelle d'un salarié, l'Anact estimait déjà en 2008 les coûts directs entre 100€ et 500€ par an et par salarié, un chiffre qui ne dit pourtant qu'une partie de l'histoire. Selon une étude de l'Iseor, les coûts indirects et stratégiques (désorganisation, remplacement, perte de savoir-faire, baisse de qualité) peuvent représenter 10 à 30 fois les coûts directs.

TMS : évaluation des coûts et des conséquences pour l’entreprise

Ces ordres de grandeur varient évidemment selon la taille de l'entreprise, le secteur et le niveau d'exposition aux contraintes physiques. Mais la tendance est constante : plus une organisation attend pour agir, plus la facture — humaine et financière — s'alourdit. Combien coûte, à votre échelle, un poste resté « à risque » pendant trois ans sans être traité ?

Plus largement, les démarches de prévention de la santé au travail ont un effet de levier qui dépasse les seuls TMS : une politique QVT structurée permet de réduire l'absentéisme jusqu'à 25% et le turnover jusqu'à 28% (Institut Sapien/Chapman ; Alma Consulting / OfficeVibe, 2022). Les TMS, en tant que première cause de maladie professionnelle, sont souvent le point d'entrée le plus concret pour enclencher cette dynamique.

En diagnostic, on retrouve régulièrement le même scénario chez nos clients : un poste identifié « à risque » depuis des années, jamais traité tant qu'aucun arrêt n'est venu matérialiser le problème. Le coût de l'inaction reste invisible jusqu'au jour où il ne l'est plus.

Face à ces constats, la question n'est plus de savoir s'il faut agir, mais comment agir efficacement, sans se contenter d'une sensibilisation ponctuelle qui s'oublie en quelques semaines.

Prévention des TMS au travail : 5 actions essentielles

Florian AIMASSO : « La plupart des entreprises qui nous contactent ont déjà "fait de la prévention" : une affiche dans le couloir, une session de sensibilisation un mardi après-midi, parfois un nouveau fauteuil de bureau. Et pourtant, les douleurs reviennent. La raison est simple : lutter contre les TMS est une affaire de pratique et d'habitudes, pas de conférences théoriques. Ce qui fait la différence, ce n'est pas la quantité d'information transmise, mais la capacité des salariés à intégrer de nouveaux réflexes dans leur quotidien de travail. »

Voici les 5 leviers qui, sur le terrain, produisent des résultats mesurables, à condition d'être menés avec méthode et dans la durée.

1. Ergonomie des postes de travail

Adapter un poste de travail ne se résume pas à acheter une chaise ergonomique ou un bureau assis-debout. Un diagnostic ergonomique ou un audit sérieux commence par l'observation des gestes réels en situation de travail pour identifier où le corps compense. Par suite, on pourra adapter les postes et les espaces de travail avec des chaises ergonomiques, bureaux ajustables et autres équipements pour réduire la fatigue musculaire. Une infrastructure fonctionnelle favorise la santé physique et réduit les risques de TMS.

Attention toutefois à ne pas faire de généralités en matière de prévention. Deux salariés sur un poste identique peuvent avoir des besoins d'adaptation différents selon leur morphologie, leurs antécédents et leur façon de travailler. Il s'agit d'adapter l'activité aux besoins et aux capacités de chaque salarié, plutôt qu'appliquer une solution standard à toute une équipe. En formation, on observe régulièrement que le simple fait de repositionner un écran de quelques centimètres ou d'ajuster la hauteur d'un plan de travail suffit à supprimer une tension qui semblait jusque-là « normale ».

2. Pause et rotation des tâches

Une pause de cinq minutes toutes les deux heures change davantage la donne qu'on ne le pense, à condition qu'elle soit active. Le réveil musculaire au poste de travail, permet de relancer la circulation sanguine et de relâcher les tensions accumulées sur des zones précises (épaules, dos, poignets), en quelques minutes et sans matériel. Ces exercices peuvent également s'intégrer dans vos pauses pour mobiliser les zones sollicitées. Si les tensions sont déjà présentes, on privilégiera des étirements doux et des auto-massages pour assouplir les zones contracturées.

La rotation des tâches suit la même logique : alterner entre des gestes sollicitant des groupes musculaires différents réduit la répétition et les contraintes sur une même zone. En entreprise, on constate que les équipes qui intègrent ces réflexes dans leur routine gagnent en confort, en endurance et en efficacité sur la journée. Cette gestion intelligente du temps de travail maintient la santé des travailleurs et minimise les situations à risques.

3. Activité physique adaptée au quotidien des professionnels

En entreprise, l'activité physique adaptée (APA-S) consiste à proposer des exercices de renforcement, d'étirement ou de mobilité spécifiquement calibrés selon les capacités et les contraintes de chaque salarié. L'objectif est d'apporter des solutions individualisées et durables qui tranches avec les programmes génériques.

Cette approche vient directement du monde du soin : avant de fonder Atome QVT, notre équipe travaillait au sein d'équipes pluridisciplinaires associant médecins et kinésithérapeutes. Cette expérience change la façon d'aborder la prévention en entreprise : on n'enseigne pas un mouvement, on apprend à un corps à mieux compenser les contraintes auxquelles il est exposé.

Intégrer des programmes d'activités physiques dans la routine professionnelle améliore la santé musculo-squelettique et réduit les risques de TMS, mais c'est aussi une initiative rentable pour l'entreprise. Découvrez les chiffres détaillés et le retour sur investissement de l'activité physique en entreprise dans notre article dédié.

4. Évaluation régulière des risques

Un audit TMS réalisé une fois mais jamais mis à jour perd toute son utilité. Les postes évoluent, les équipes changent, l'organisation se transforme et l'entreprise doit analyser périodiquement les risques. pour anticiper les sources de TMS. Une prévention efficace repose sur une évaluation continue qui implique directement les salariés concernés car eux seuls connaissent réellement les contraintes de leur poste. Pour mettre en oeuvre cette démarche participative, une solution est de diffuser un questionnaire TMS sur mesure pour vos équipes.

C'est tout le sens de la phase d'immersion et de diagnostic qui ouvre toute démarche de prévention sérieuse : échanges directs avec les équipes, observation des postes en situation réelle. Chez certains de nos clients, cette étape d'observation a permis d'identifier des facteurs de risque que personne n'avait signalés parce que personne n'avait pris le temps de demander.

5. Formation à la prévention et ancrage

Sensibiliser les travailleurs aux risques des TMS via des sessions de formation spécialisées. Ces formations permettent une meilleure compréhension des bonnes pratiques ergonomiques et des gestes à adopter pour prévenir les TMS au travail. Une session de formation transmet des connaissances et développe des compétences, mais elle ne transforme pas les comportements dans la durée. Pour qu'un geste protecteur devienne un réflexe, il faut le répéter, le corriger, le réajuster au jour le jour.

Chez Atome QVT, nos formations en prévention santé et bien-être au travail sont adaptées à votre secteur d'activité, aux métiers et aux situations de travail propres à votre entreprise : manutention manuelle, manutention de personnes, ergonomie au bureau, télétravail, conduite, etc.

En pratique, cela suppose aussi un suivi post-formation et des temps de recyclage, plutôt qu'une intervention isolée et ponctuelle. On l'observe très concrètement chez nos clients : les équipes qui bénéficient d'un suivi quelques mois après la formation initiale maintiennent leurs nouveaux réflexes bien après la fin de l'accompagnement.

Cinq étapes de prévention des TMS au travail : ergonomie, pauses actives, activité physique, évaluation des risques, formation et ancrage dans la durée.

Conclusion

Prévenir les troubles musculo-squelettiques est un enjeu central pour la santé des travailleurs et la performance des entreprises. Heureusement, faire de la prévention efficace n'est jamais une question de budget. C'est une question de méthode : comprendre précisément où se situent les contraintes, agir sur l'ergonomie et l'organisation, ancrer de nouveaux réflexes dans la durée plutôt que de multiplier les actions isolées. Les entreprises qui obtiennent des résultats durables sont celles qui structurent une démarche cohérente, suivie dans la durée et adaptée à la réalité de leurs collaborateurs.

Employeurs et salariés doivent collaborer pour réduire les risques de TMS. Les entreprises doivent mettre en place des mesures pertinentes et fournir les ressources nécessaires. Les travailleurs doivent participer activement à la démarche de prévention et la faire vivre au quotidien. En plaçant la santé et le bien-être au cœur des préoccupations, les entreprises peuvent créer des environnements de travail plus sûrs, sains et productifs pour tous !